vendredi 31 octobre 2008
Le Tsunami LOSC
« Contactée à plusieurs reprises, Télé Melody qui soutient le projet avec le Losc est restée muette. Seul Xavier Thuillot, directeur délégué général du club de football a indique que cette alliance était « surtout capitalistique » et « un débouché pour la marque Losc »
Bel aveu que je mets en parallèle avec le communiqué du CSA où le Conseil annonce avoir choisi pour le site de Lambersart : « Grand Lille TV, projet présenté par la société Grand Lille TV et porté par le groupe Melody », ajoutant que cette sélection « reflète l’action volontariste engagée par le Conseil en faveur du développement des télévisions locales ».
Tout est donc bien volontaire : le silence épais qui entoure le projet Melody, l’appui du Losc, le « flou du projet » qu’évoque Gilles Durand le journaliste de 20 minutes qui a essayé d’en savoir plus.
Et voilà ce que la présidente et les vice-présidents de Lille Métropole Communauté Urbaine ont choisi de soutenir. Il s’agit d’offrir un « débouché à la marque Losc ». Vous aimerez les stylos Losc, la bière Losc, les carnets scolaires Losc, les teeshirts Losc. Et puisque le « Grand stade » ne pourra contenir que 50 000 personnes parmi le million d’habitants de la métropole, il faut bien une télé pour que nul n’échappe au tsunami Losc.
Quant à l’amateur du football, que je respecte naturellement, si à la sortie de ses deux heures de match il se retrouve chômeur, automobiliste, parent d’élève, amateur de musique, client des supermarchés, il n’est pas question qu’on lui parle d’autre chose : la vie locale, les fins de mois difficile, l’emploi, la culture, les déplacements, la famille. Tout doit se résumer au football.
J’ai dit au football ?
Je parlais simplement du Losc
[i] J’ai scanné la page de 20 minutes consacrée à la Télévision locale et métropolitaine. Si vous en voulez une copie demandez la moi à tele.lille@orange.fr
Vous pouvez également m’envoyer directement vos commentaires que je mettrais en ligne si vous préférez procéder de cette manière (ceci pour Michel qui n’a pas réussi à intégrer directement son point de vue).
« En neuf mois, Martine Aubry ne nous a jamais reçu »
"En neuf mois, Martine Aubry ne nous a jamais reçu"
Régis Verley
Journaliste, porteur du projet citoyen « Télé Lille », évincé par le CSA.
A votre avis, qu'est-ce qui a motivé le refus du CSA ?
Nous lui avons écrit pour le savoir. Mais je pense que le manque de soutien de LMCU nous a été préjudiciable.
C'est une grande déception ?
Je suis amer car en neuf mois, jamais nous n'avons été reçus par Martine Aubry pour lui présenter notre dossier. C'était pourtant l'occasion pour les élus de la Communauté urbaine de soutenir un vrai projet citoyen, et de service public.
Tenait-il la route financièrement ?
Depuis le début de l'année, nous avions constitué une société coopérative d'intérêt collectif d'un capital de 375 000 euros et qui rassemblait des assos, des banques. Avec la participation de LMCU, le dossier aurait été accepté.
Recueilli par G. D. - ©2008 20 minutes
jeudi 30 octobre 2008
article de 20 minutes Lille du 30/10/2008

Régis Verley
Journaliste, porteur du projet citoyen « Télé Lille », évincé par le CSA.
A votre avis, qu'est-ce qui a motivé le refus du CSA ?
Nous lui avons écrit pour le savoir. Mais je pense que le manque de soutien de LMCU nous a été préjudiciable.
C'est une grande déception ?
Je suis amer car en neuf mois, jamais nous n'avons été reçus par Martine Aubry pour lui présenter notre dossier. C'était pourtant l'occasion pour les élus de la Communauté urbaine de soutenir un vrai projet citoyen, et de service public.
Tenait-il la route financièrement ?
Depuis le début de l'année, nous avions constitué une société coopérative d'intérêt collectif d'un capital de 375 000 euros et qui rassemblait des assos, des banques. Avec la participation de LMCU, le dossier aurait été accepté.
mardi 28 octobre 2008
De profundis (M6 aussi)
Un média qui disparait c’est toujours triste et révoltant. Un média local qui disparait c’est encore plus triste… Mais je doute fort que tous ceux qui ont été contents à un moment ou un autre de trouver devant eux l’objectif d’une caméra et un micro pour s’exprimer n’aillent se mobiliser pour défendre une expérience pourtant unique et originale.
De profundis.
Pour avoir été –juste un tout petit peu- présent au lancement de l’expérience, je dois avouer que je n’ai jamais été fanatique du format court dont le M6 s’est fait l’inventeur. 20 seconde de voix off, + 20 secondes d’interviewes + 20 secondes de off + 10 secondes d’habillage, pour qui a déjà passé du temps devant le compteur d’un banc de montage, c’est vraiment très court.
Le défaut de la concision c’est la banalisation et l’uniformisation : sujet+verbe+complément, le chat mange la souris, Sarkozy défend les riches, le parti socialiste est divisé, les français se préoccupent de leur pouvoir d’achat, les lillois déçus (heureux) après la défaite (la victoire) du LOSC, l’Europe appauvrit les pécheurs, les voitures brulent dans les banlieues, les Chtis boivent de la bière et mangent des frites…
Patron de Télé Lille j’aurai sans doute du imposer le format court, adapté aux mentalités modernes, mais je l’aurai fait à contrecœur et surtout je me serais efforcé de laisser échapper des bulles de liberté pour le journaliste qui a envie de nuancer un propos et de s’attarder sur l’interview d’un sujet qu’il n’a pas eu envie de couper au bout de trois mots.
Mais passons. Cela fait plus de dix ans (quinze si je compte bien) que le M6 local égrène ses sujets et ouvre la soirée par une petite fenêtre locale. Minute par minute les journalistes de M6 Lille ont tissé l’image d’une région et d’une métropole où il se passe des choses, où les vrais gens existent, sortent, manifestent, se détendent. Et ce sont des milliers de sujets, d’images, de témoignages qu’on s’apprête à enterrer d’un seul coup. Sans fleurs ni couronnes. On va remplacer tout ça par du Poivre d’Arvor ou équivalent. C’est l’innovation en marche.
Certains au sein de l’équipe, lorsque qu’il apparaissait encore possible que Télé Lille existe sur la TNT, m’ont contacté pour m’offrir leurs services. Je regrette qu’ils ne se soient pas plus mobilisés et n’aient pas été présents dans le processus de construction de la future télévision régionale. Je leur conseille , hélas, d’aller voit Télé Mélody. Le format court, une minute pour tout savoir et tout comprendre, plaira surement à la nouvelle chaine locale dont ce sera la spécialité.
L’innovation du M6 a été –c’était encore l’époque des Bétacam et du montage analogique- de généraliser le JRI, caméraman, preneur de son, intervieweur et monteur. Si j’en crois ce que j’ai entendu(1), les journalistes de « Grand Lille » iront en reportage avec caméra et micro mais aussi avec un ordinateur et un clé 3G. Comme les hommes orchestres des spectacles de rue, ils filmeront, intervieweront, monteront et diffuseront leur sujet avec, on imagine, un téléphone et un oreillette pour être encore plus efficaces. Sûr qu’ils auront bien le temps d’écouter, de comprendre et d’analyser.
Vive le progrès !
Cela me rappelle l'époque ou en 1981 nous avions constitué -- à la demande des instances politiques -- des groupes de travail pour permettre l'éclosion de nouvelles radios. Elles devait être plus « libres », plus proches du citoyen, plus attentives au contexte local, plus démocratiques, plus culturelles et j'en passe... On sait ce qu'il en est adevenu ! Après quelques flottements, ce fut Fun Radio, Sky Rock, Energie et tutti quanti... Toutes ces belles radios qui élèvent désormais le niveau culturel et l'esprit citoyen de nos jeunes générations ! Au fond, c'est toujours pareil avec les politiques -- tous unis dans le même combat -- : on brandit les principes de liberté, d'égalité, de fraternité... On les enjolive de plus-values locales, culturelles, citoyennes... On les enrobe dans une démarche participative où l'on convoque le ban est l'arrière-ban de la culture, du monde professionnel et associatif... Et à la fin, c'est toujours le pognon qui gagne !
Alain Cadet
Cette /fin de partie /me choque. Comme nombre d'outrages graves à la liberté et à la démocratie dans ce Pays aujourd'hui. Merci de t'être battu pour changer quelque chose à la circulation de la parole citoyenne. Que tu n' ais même pas pu obtenir un soupçon d'échange sur le projet auprès des tutelles responsables et décisionnaires est insupportable. Tout cela va dans le sens d'un étouffement à petit feu des pouvoirs hors Etat. C'est tellement facile... Merci de m'avoir tenue au courant.
A bientôt Florence
Comment y dire qu'un journaliste en retraite estime que "Ces jours sont tristes pour la démocratie locale. Et l'information. Est-ce qu'à Lille on aurait des émules de Sarko et de ses copains de la Télé-Fric " ?
AmicalementMichel
lundi 27 octobre 2008
LE CSA PREFERE LES PROJETS D’ARGENT AUX PROJETS CITOYENS
Avec l’attribution de deux fréquences (l’une au niveau régional, l’autre pour la métropole lilloise), le CSA avait la possibilité de faire preuve d’originalité. Il a préféré suivre le chemin tracé par le président de la République qui déstabilise l’audiovisuel public pour mieux encourager les télévisions privées et satisfaire leurs actionnaires.
Pour la fréquence régionale, le projet présenté par la Voix du Nord était seul en piste. Le CSA n’avait pas le choix. Mais pour la fréquence liée à l’agglomération lilloise, le CSA avait le choix entre un projet porté par des capitaux privés liés notamment à MM. Seydoux et Mulliez et un projet citoyen présenté par une SCIC qui pouvait rassembler différents types d’associés (salariés, monde de l’économie sociale et solidaire, associations, partenaires privés et collectivités locales).
Le CSA a fait le choix de ne pas retenir ce projet qui offrait pourtant un contenu éditorial pluriel et de qualité. Il a préféré opter pour une télévision privée dont les actionnaires (on se souvient de ce qu’il en est advenu du « mieux disant culturel » que Bouygues a fait valoir pour obtenir TF1) auront surtout à cœur de rentabiliser le plus vite possible leur investissement.
Le SNJ-CGT déplore ce choix qui ne fait que confirmer la mise de l’information sous tutelle de groupes privés qui seront, pour l’un d’entre eux, en situation de quasi monopole régional. Dans cette bataille des audiences et de la publicité qui va faire rage, on peut craindre en effet que la qualité des programmes ne soit sacrifiée sur l’autel du profit et de la rentabilité maximum.
On peut aussi regretter que les collectivités régionales, et notamment la communauté urbaine de Lille, n’aient pas su faire le choix de soutenir un projet de télévision citoyenne. Ce faisant ils nous montrent ainsi que, en matière d’information, ils n’ont toujours pas compris le déficit de débat démocratique qu’engendre la concentration des médias.
Lille le 24 octobre 2008
Le CSA vient de rendre son verdict pour l’attribution de la fréquence TNT métropolitaine. La candidature de « Télé Lille » que nous avons portée collectivement depuis janvier 2008 a été écartée au profit de celle de « Télé Grand Lille » portée par un groupe d’investisseurs privés.
Je me garderai bien d’émettre un jugement sur le projet « Grand Lille » dont je ne connais rien. Tandis que le notre a été discuté, mis en ligne, présenté au cours d’innombrables rencontres et débats publics, celui-ci est resté secret, et seuls quelques rares initiés ont eu le droit de connaitre les propositions de développement d’un média local grand public. Et c’est dans le secret que le bureau de la communauté urbaine, LMCU, lui a apporté son soutien.
Pour le CSA tout est clair. Le pluralisme passe par la libre concurrence. Qu’importent les conséquences d’une concurrence sauvage entre deux médias neufs et fragiles. Le libéralisme ne supporte ni arrangements, ni règles, ni réflexion sur le service rendu aux téléspectateurs. La liberté d’entreprendre est seul régulateur. Comme dans la finance ?
Une chose a manqué au projet de « Télé Lille » que tous ont jugé cohérent, réaliste et adapté au contexte local : le soutien réel de LMCU à un projet citoyen, correspondant au programme qu’une majorité des élus communautaires ont adopté sous le titre «vivre ensemble l’Euro-métropole».
En neuf mois, la présidente de LMCU n’a répondu à aucun de mes courriers, n’a jamais accepté de me recevoir, n’a participé ni délégué quiconque à aucune des réunions publiques que nous avons organisées. Il n’en a pas été de même pour les autres porteurs de projets de télévision candidates sur les fréquences, locale et régionale.
Alors, je dois des excuses à tous ceux que j’ai entrainés dans l’aventure.
Je m’excuse auprès des centaines de participants aux réunions publiques que nous avons organisées et à qui j’ai permis de penser que leur avis, sur un média qui les concernait, pouvait avoir de l’intérêt.
Je m’excuse auprès des sportifs, dirigeants de clubs, joueurs, amateurs à qui j’ai proposé une ouverture sur le monde du sport. « Télé Grand Lille » est propriété, à 40%, du patron du LOSC et ce sera donc « Télé Grand Stade ».
Je m’excuse auprès des dirigeants d’associations locales à qui j’ai fait croire qu’une télévision locale pouvait être un outil de service à la population, de débat sur les quartiers, de promotion de la diversité.
Je m’excuse auprès des journalistes que j’ai laissés inventer un projet de débats où, hors des thèmes imposés par les cénacles parisiens, ils pourraient mettre face à face des acteurs locaux connus et inconnus sur les sujets de la société locale, politique, économique et sociale.
Je m’excuse auprès des acteurs culturels à qui j’ai fait miroiter la possibilité de créer, d’écrire et de jouer par et pour la télévision locale.
Je m’excuse auprès des acteurs de l’économie sociale qui ont mis leurs forces en balance et qui ont cru que les statuts d’une coopérative pouvaient être le lieu d’une gestion équilibrée entre tous les partenaires publics et privés.
Je m’excuse auprès des élus locaux qui ont accepté de me recevoir et que j’ai convaincus qu’une télé locale pouvait être un outil de démocratie locale et de rapprochement entre la collectivité publique et les citoyens.
Je m’excuse auprès des professionnels qui ont accompagné pendant neuf mois le montage d’un projet citoyen et innovant.
A tous je demande pardon d’avoir laissé croire qu’une télévision locale pouvait être un outil de service public, d’information, de développement, de culture, de citoyenneté et de démocratie. Alors que, j’aurais dû le savoir, une télévision n’est qu’un objet de consommation, conçu par un petit nombre de spécialistes pour capter un maximum d’audience.
Vérité à Paris, erreur en deçà des collines de l’Artois. Nos élus métropolitains sont prompts à réagir pour défendre le service public, y compris celui de la télévision publique, lorsqu’il est menacé au plan national. A juste titre. Mais s’il s’agit de promouvoir un service public local, alors cela ne vaut ni un débat, ni une rencontre ni même une simple réflexion partagée.
Tele Lille: la chute !
Neuf mois durant, de janvier 2008 à septembre 2008, nous nous sommes réunis, au moins une fois par semaine, parfois plus, pour imaginer une télévision qui soit vraiment locale, vraiment innovante et vraiment citoyenne.
Neuf mois, pour une chute dont chacun aujourd'hui dit qu'elle était prévisible: la CSA a choisi de préselectionner le projet "Télé Grand Lille" et par la même occasion d'évincer le projet de "Télé lille".
La différence entre les deux est évidente: d'un coté un million d'euros en capital et deux millions de fonds propres et de l'autre 350 000 euros de capital et autant de fonds propres.
Le projet éditorial ne compte pas. A l'heure où le libéralisme bat de l'aile et se voit critiqué de toute part, il fallait bien que le CSA vole à son secours. Le regret c'est que chez les socialistes du Nord, nombreux aient été ceux qui ont suivi cette option. Il est sans doute plus facile de s'entendre avec les puissances d'argent qu'avec les militants associatifs accrochés à leur terrain.
Président de l'association Télé Lille, devenu président-directeur-général d'une société coopérative, je ne me résigne pas à un tel gaspillage. J'ouvre aujourd'hui ce blog et je commence par y présenter ma lettre ouverte. Elle vise le CSA mais aussi la présidente de LMCU, au moins indifférente aux enjeux d'une télévision locale, sans doute trop occupée par sa dénonciation des politiques nationales pour s'occuper de construire une démocratie locale ouverte et acessible.
Je décide de raconter, ici et au jour le jour, l'histoire d'un projet imbécile, celui d'une télévision où les journalistes se seraient mis au service des auditeurs, auraient ouvert des lucarnes sur les besoins des
gens et auraient incité les individus à devenir acteurs de la vie collective.
C'est un blog. Autant dire que j'y attends vos réactions, vos indignations, vos propositions. Faute d'une fréquence sur la TNT, réservée aux riches, je vous propose de faire notre petit cinéma, par écrit à moins qu'un peut d'image -et d'imagination- ne nous permette de faire un peu plus.
Partageons ensemble ce tout petit espace de liberté. Vous y êtes les bienvenus.
Régis VERLEY
Journaliste indépendant
(et qui le restera)