mardi 28 octobre 2008

De profundis (M6 aussi)

On annonce la fin du M6 lillois. Histoire banale, partout où se déploie la TNT, M6 en profite pour se désengager de ses investissements locaux. Le temps c’est de l’argent. Dans les médias audiovisuels on ne compte plus en mois ni en jours comme le faisaient nos grands parents, mais en secondes. Comme les rayons d’un hypermarché doivent produire du chiffre d’affaires, et tant pis pour les produits qui ne tournent pas assez, les minutes de télévision doivent produire de l’audience et priorité à ce qui rapporte le plus…
Un média qui disparait c’est toujours triste et révoltant. Un média local qui disparait c’est encore plus triste… Mais je doute fort que tous ceux qui ont été contents à un moment ou un autre de trouver devant eux l’objectif d’une caméra et un micro pour s’exprimer n’aillent se mobiliser pour défendre une expérience pourtant unique et originale.
De profundis.
Pour avoir été –juste un tout petit peu- présent au lancement de l’expérience, je dois avouer que je n’ai jamais été fanatique du format court dont le M6 s’est fait l’inventeur. 20 seconde de voix off, + 20 secondes d’interviewes + 20 secondes de off + 10 secondes d’habillage, pour qui a déjà passé du temps devant le compteur d’un banc de montage, c’est vraiment très court.
Le défaut de la concision c’est la banalisation et l’uniformisation : sujet+verbe+complément, le chat mange la souris, Sarkozy défend les riches, le parti socialiste est divisé, les français se préoccupent de leur pouvoir d’achat, les lillois déçus (heureux) après la défaite (la victoire) du LOSC, l’Europe appauvrit les pécheurs, les voitures brulent dans les banlieues, les Chtis boivent de la bière et mangent des frites…
Patron de Télé Lille j’aurai sans doute du imposer le format court, adapté aux mentalités modernes, mais je l’aurai fait à contrecœur et surtout je me serais efforcé de laisser échapper des bulles de liberté pour le journaliste qui a envie de nuancer un propos et de s’attarder sur l’interview d’un sujet qu’il n’a pas eu envie de couper au bout de trois mots.
Mais passons. Cela fait plus de dix ans (quinze si je compte bien) que le M6 local égrène ses sujets et ouvre la soirée par une petite fenêtre locale. Minute par minute les journalistes de M6 Lille ont tissé l’image d’une région et d’une métropole où il se passe des choses, où les vrais gens existent, sortent, manifestent, se détendent. Et ce sont des milliers de sujets, d’images, de témoignages qu’on s’apprête à enterrer d’un seul coup. Sans fleurs ni couronnes. On va remplacer tout ça par du Poivre d’Arvor ou équivalent. C’est l’innovation en marche.
Certains au sein de l’équipe, lorsque qu’il apparaissait encore possible que Télé Lille existe sur la TNT, m’ont contacté pour m’offrir leurs services. Je regrette qu’ils ne se soient pas plus mobilisés et n’aient pas été présents dans le processus de construction de la future télévision régionale. Je leur conseille , hélas, d’aller voit Télé Mélody. Le format court, une minute pour tout savoir et tout comprendre, plaira surement à la nouvelle chaine locale dont ce sera la spécialité.
L’innovation du M6 a été –c’était encore l’époque des Bétacam et du montage analogique- de généraliser le JRI, caméraman, preneur de son, intervieweur et monteur. Si j’en crois ce que j’ai entendu(1), les journalistes de « Grand Lille » iront en reportage avec caméra et micro mais aussi avec un ordinateur et un clé 3G. Comme les hommes orchestres des spectacles de rue, ils filmeront, intervieweront, monteront et diffuseront leur sujet avec, on imagine, un téléphone et un oreillette pour être encore plus efficaces. Sûr qu’ils auront bien le temps d’écouter, de comprendre et d’analyser.
Vive le progrès !
(1) Je dis que je ne connais rien au projet de Télé Mélody. En fait j’en connais un tout petit peu. Mais rassurez vous, au championnat des menteurs je ne suis qu’un amateur.

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