lundi 17 novembre 2008

Match pas vraiment nul

Je suis régulièrement avec intérêt les réactions et échanges de ce blog. La dernière en date opposant les points de vue de Régis et Richard m'a interpellée. Et pour tout dire m'ont laissé un sentiment autant mitigé que partagé.
Explications :
D'un côté je suis d'accord sur le principe de ne pas tirer à vue sur ce qui se présentait comme un concurrent et non un adversaire. Dans ce genre d'appel d'offre, la règle élémentaire est de se montrer fair-play... quand les règles, elles aussi les plus élémentaires d'équité sont respectées !

S'il est inutile de ressasser les conditions de cette parodie de cooptation du CSA, je soutiens que, dans cette affaire, Télé Lille n'a pas perdu. Pas perdu parce que son projet était solide, cohérent, consensuel, analysé et surtout honnête. En face, sorti de l'effet bling-bling du prestige d'un dossier sonnant et trébuchant, costard-cravaté - histoire de rappeler aux Sages qu'ils sont du même monde - et cornaqué par la Mandarine locale, le contenu demeure aussi mystérieux que la recette d'un parti socialiste unifié.

Qu'elle doit-être géniale et visionnaire cette future programmation, soigneusement conservée à l'abri des regards indiscrets. Dites vous bien que l'argent crée tout, les idées ne rapportent rien, et que la bonté d'âme ne trouve jamais de cavalier au bal des faux-culs. VDN fait d'ailleurs figure de danseuse étoile en portant depuis plus de cinquante ans et sans la moindre honte le poids d'un journal fondé par des résistants et accaparé illico à la Libération par des collabos (que je sache, le livre de Frédéric Lépinay n'a jamais été traîné devant les tribunaux).

Laissons toutefois le soin à la future télé métropolitaine de faire ses preuves car quelque soient les circonstances de sa nomination, elle aura bientôt une existence visuelle et sonore. Et qu'importe si ce discours ne se drape d'aucune illusion.

Car d'illusion je n'en ai plus à l'endroit des élus, financiers, industriels et autres plénipotentiaires de la société civile. Les membres actifs - et expérimentés - de Télé Lille liront mes propos comme une redondance lorsque j'avance que nous sommes tombé dans le déni de démocratie permanent. Surtout depuis qu'on ne fait plus de la politique par vocation mais pour en faire profession. Dès lors, nos élus ne sont plus des quidams mais une caste qui n'en recourt aux citoyens que pour assouvir leurs fins électorales.

Voilà donc peut-être LA seule raison qui doit pousser les initiateurs de Télé Lille à faire survivre leur idéal : faire office de vigie face aux programmes que distilleront les deux "heureux" élus. Car LMCU et le conseil régional injecteront des sommes non négligeables, l'argent du contribuable, c'est à dire le nôtre. Oui le nôtre, même si moi, irréductible séparatiste artésien, je ne dispose pas d'une information locale. Mon fils aura peut-être un jour cette chance de ne pas se voir imposer dans sa lucarne le nombrilisme, la jubilation ou les atermoiements d'une métropole qui est persuadée que son sort ne peut que passionner les habitants de Saint-Pol-sur-Ternoise à Arras en passant par Lens ou Béthune, au total des centaines de milliers d'habitants. On s'en fout ! Comme quoi la vie est mal faite : entre désert médiatique et espace médiatique saturé mais consternant d'insipidité, tout le monde est frustré. En tout cas, les débats organisés prochainement à Roubaix auront certainement le mérite de pousser la réflexion et -rêvons un peu - pourquoi pas l'adhésion.

J'essaierais de conclure cette prose sur une note positive. "Là-bas si j'y suis", émission citoyenne s'il en est, a beau avoir été reléguée de la tranche de 17h à celle de 15h (France Inter ne pouvait pas la supprimer, ça se serait vu...) elle est toujours aussi vivace, mordante et écoutée. Elle s'est créée un réseau d'auditeurs "modestes et géniaux" déterminés à prolonger le débat dans leurs régions (café chez Tartous à Monchy-Breton pour le Pas-de-Calais). Elle propose des lectures de journaux (Monde diplo, Plan B, Siné Hebdo...) et d'ouvrages qui ne trouvent pour ainsi dire jamais un strapontin sur les plateaux polissés (policier ?) de télévision. Un soupçon d'espoir pour se dire que la pensée unique a peut-être son avenir derrière elle. Qu'il ne faut pas faiblir en rappelant, "ce que tout le monde semble oublier, à savoir qu'un média n'est pas un objet neutre et creux, qu'une télévision selon qu'elle est citoyenne ou commerciale ne diffusera pas les mêmes messages et n'aura pas la même fonction et surement pas la même utilité." Bien dit Régis. "Nous vivons sous le régime d'un parti unique, le parti unique des affaires". Bien repris Richard. Match nul. Quand je vous disais que Télé Lille n'avait pas perdu.

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